Vêpres de Saint Siffrein - homélie de Père Etève - 24 novembre 2019

28 novembre 2019

Vêpres de Saint Siffrein - 25 novembre 2019

HOMELIE
Lecture :
Matthieu 20, 25-28

Je veux tout d’abord remercier le Père Gabriel Picard d’Estelan de m’avoir invité à présider ces Vêpres de la Saint-Siffrein. Je le fais volontiers au titre de ma mission de prêtre référent de l’Etablissement Marie Pila mais aussi en tant qu’habitant de Venasque. Lorsque Saint Siffrein devient évêque, il reçoit le double titre de Carpentras et de Venasque. Le passage de Saint Siffrein à Venasque reste marqué par ce qu’il y a construit : notamment le célèbre baptistère et le sanctuaire dédié à la Mère de Dieu, Mère de la Vie.

Mais revenons à Carpentras. Pourquoi fêter si solennellement cet évêque ? Pourquoi un tel attachement à cette figure si lointaine dans le temps ? A partir de mercredi, la ville va se parer de tous ses atours pour accueillir tous ceux et celles qui viendront vendre ou acheter à la traditionnelle Foire séculaire qui porte son nom.

Lorsque les habitant de Carpentras sont allés à Lérins pour demander Siffrein comme évêque, ils avaient non seulement besoin d’un pasteur qui veille sur leurs âmes mais aussi de quelqu’un qui remette de l’ordre dans la cité à une période bien troublée. A l’époque l’évêque est un homme d’Eglise mais aussi un homme investi dans les affaires de la ville. Il n’y avait pas une cloison étanche entre le spirituel et le temporel. Loin de s’opposer, ils trouvaient un terrain d’entente et de collaboration.

Si, au VIe siècle, Saint Siffrein a dirigé les affaires de la cité, on pourrait se poser la question : quel maire laissera dans la ville un souvenir aussi reconnu qui fait que, dans 1500 ans, on continuera de lui rendre hommage ? Ou plutôt, demandons-nous, qu’est-ce qui fait que Saint Siffrein a touché si profondément la population et qu’elle a souhaité perpétuer son souvenir ?

Ne serait-ce pas qu’il a mis en œuvre la parole de son Maitre, cette parole que nous venons d’entendre : « celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » ? Siffrein a accompli sa mission comme un service et les gens ne s’y sont pas trompés. Être le serviteur de tous, comment est-ce possible ? Comment servir le bien de chacun quand les besoins sont si divers, si grands voir si opposés ? Cela demande du discernement. Le défi politique est de chercher le bien commun en étant attentif au bien de chacun, spécialement les plus faibles et les plus fragiles. Confions à la prière de Saint Siffrein tous ceux qui se dévouent au service de la recherche de ce bien commun.
Ce qui a touché chez ce saint évêque c’est son attention aux malades, aux plus pauvres. C’est son combat contre les démons, ces forces du Mal qui ne veulent que semer la discorde. Le Diable est le diviseur parce qu’il est le Père du mensonge et l’Accusateur de nos frères. Lorsque l’évêque chasse les démons, il fait œuvre de rassemblement et d’unité.

Saint Siffrein est grand parce qu’il s’est fait serviteur. Il a cherché à servir et non pas à se servir. On le représente parfois avec dans ses mains le Saint Mord. Si cette représentation est anachronique puisque la relique est arrivée plus tard dans notre ville, il y a cependant une grande réalité. Lorsque sainte Hélène est allée à Jérusalem pour retrouver les restes de la vraie Croix, elle aurait retrouvé aussi les clous de la Passion. Pour protéger son fils, l’empereur Constantin, elle aurait fondu le clou dans un mord qu’il emmenait partout avec lui dans ses batailles.

On pourrait être tenté de sourire devant cette relique. Comment peut-elle être authentique ? Mais si elle est vraie ? Alors notre ville de Carpentras possède un grand trésor : ce clou est le signe du plus grand Service : ce clou a fixé sur la croix le bras du Fils de Dieu venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.

Nous pouvons donc demander, devant cette sainte Relique, la grâce de la vraie grandeur : celle qui s’obtient en renonçant à se servir et en mettant sa vie au service des autres. « Celui qui veut être grand, sera votre serviteur ». - Père Jean ETEVE