RENDONS GRÂCE À DIEU !

22 février 2019

RENDONS « GRÂCE À DIEU ! »

Curé de paroisse, vicaire épiscopal, chargé de la Nouvelle Evangélisation, j’ai trouvé de mon devoir, à quelques heures de la Journée des fiancés du diocèse d’Avignon où des questions autour de la pédophile dans l’Eglise ne manqueront pas d’être posées, d’aller voir le film de François OZON, Grâce à Dieu, qui passait dans le cinéma de ma ville.

Avant propos : Je n’en fais ni la promotion (même si d’un point de vue art cinématographique, c’est un chef-d’œuvre), ni le dénigrement (même si certains accents semblent faire fi de la présomption d’innocence et même mettent en doute l’indépendance de la Justice)

Situation et synopsis  ; Nous étions une dizaine dans la salle. Quel silence, quelle souffrance aussi, mais quelle délivrance finalement. J’avais l’impression d’être, non au cinéma, mais entre Ciel et Terre, entre le Calvaire et la Résurrection. Le Son et Lumière de ce film est une réussite.
Nous sommes dans les années 2010, et Alexandre apprend que le prêtre qui a abusé de lui est toujours en fonction, et qu’il est en contact avec des enfants… C’est le point de départ de l’aventure humaine et spirituelle qui va le conduire avec d’autres victimes de ce prêtre à interpeler l’Eglise de Lyon, les médias et la Justice, en constituant une association : La parole libérée.

La question qui est au cœur du film, et qu’on retrouvait déjà dans le remarquable film Spotlight sur l’affaire hors-norme de pédophilie dans le diocèse de Boston, c’est le Silence général ! Silence des autorités de l’Eglise de Lyon pendant des décennies, silence de la paroisse, silence des parents, silence collectif de la société de l’époque d’alors entre 1970 et 1990. C’est un système qui a disfonctioné dans sa totalité. Pourquoi l’Eglise, les catholiques, les parents qui gravitaient autour de la paroisse de St Foy les Lyons n’ont pas osé dire, alors que cela se savait ? Sans doute par pudeur, par non compréhension de la souffrance en jeu, par peur aussi du scandale, hélas, peut-être aussi par lâcheté et complicité…

Apréciations :
Le jeu des acteurs, pour décrire la situation des victimes et de leur entourage, est remarquable de justesse. La complexité des situations personnelles et familiales fait apparaître à la fois la similitude des souffrances et des remords, mais aussi les différences dans la capacité ou non de les surmonter. Toute la palette de la société y passe, famille bourgeoise lyonnaise, famille pauvre et disloquée, victime devenue athée, d’autres toujours catholiques et le revendiquant pour l’honneur de l’Eglise. La finale même laisse apparaître combien personne n’en sort indemne…

Le prêtre pédophile est bien campé : il est vieux au moment de La parole libérée, mais il demeure un pervers manipulateur, à la fois faible et séducteur, tel qu’il était jeune prêtre dans les flash-back terrifiants de son passé d’aumônier scoute.

Je regrette que les autres prêtres, et le Cardinal Barbarin en particulier, soient montrés pratiquement comme imperméables, voire même irresponsables face à la souffrance des victimes. Et pourtant il aurait suffit à François Ozon de jouer dans son intégralité la Conférence à l’Assemblée plénière de Lourdes, pour voir le Cardinal dans sa vérité et sa dignité.
Philippe Barbarin a toujours été sans ambiguïté du côté des victimes, et il a mis fin à l’exercice de ce prêtre dévoyé dès qu’il a été mis au courant des faits, même s’il a reconnu avoir commis des erreurs dans la gestion de cette affaire. Il y a évidemment cette phrase malheureuse la conférence à Lourdes, titre du film, « Grâce à Dieu, les faits sont prescrits. » Mais chacun peut aller écouter l’intégralité de la conférence sur youtube pour bien comprendre qu’il ne s’agit en aucun cas de couvrir les abus, ni encore moins de s’en réjouir… 
Et faut-il, le rappeler, les crimes abjects du Père Preynat se sont déroulés entre les années 1980-90, 15 ans avant la nomination du Cardinale Philippe Barbarin à Lyon.

Le dernier procès en date rendra son verdict le 7 mars 2019 : le Procureur a demandé l’acquittement pour le Cardinal et son personnel de l’accusation de non-dénonciation de crime.

Conclusion La grande réussite du film est de montrer, voire démontrer, qu’il est important de libérer la parole à tous les niveaux de la société, Eglise y compris. Et c’est ce point de départ de libération de la parole en 2014 qui est montré dans ce film. Comment l’association La Parole Libérée va prendre jour,

Epilogue  : En sortant de la salle de cinéma, dans un grand silence de cathédrale, j’ai tout de suite pensé à Jésus lui-même, Parole libérée du Père : « Malheur par qui le scandale arrive ! » « Celui qui scandalise un de ces tout-petits, mieux vaudrait qu’on lui attache une meule… » « Que votre oui soit oui, que votre non, soit non ! » Sans oublier : « Si ton œil, tes mains, tes pieds, etc…. sont scandales, arrachent-les… » Rien que pour cela, je dis Merci à François Ozon pour avoir mis en lumière l’association La parole libérée.

C’est tout le mal que je souhaite à l’Eglise d’aujourd’hui, une Parole libérée. Car, normalement, l’Histoire peut le montrer et le montrera encore, l’Eglise, Parole du Christ, est le lieu privilégié de la Parole libérée, pourvu qu’elle annonce ce pourquoi elle existe : Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur. Ainsi soit-il ! Père Gabriel

PS : J’invite aussi les lecteurs à aller voir sur youtube l’excellente analyse de l’Archevêque de Strasbourg Mgr Ravel sur le Film de François Ozon (article paru dans La Croix du 20 Février), et aussi la recension du Pape Benoît XVI sur les causes profondes de la crise que traverse l’Eglise, sur le lien suivant de mon excellent confrère l’abbé Hubert Lelièvre : https://www.evangelium-vitae.org/actualite/3409/quand-benoit-xvi-analyse-les-fondements-idologiques-de-la-crise-que-nous-traversons.htm