Notre-Dame de Santé règne sur Carpentras

24 août 2017

Famille chrétienne
Reportage - Notre-Dame de Santé règne sur Carpentras
ARTICLE | 13/08/2013 | Numéro 1852 | Par Guilhem Dargnies
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Tous les mois de juillet depuis 1629, Carpentras (Vaucluse) rend grâce à la Vierge, qui a protégé la ville, par une neuvaine et une messe nocturne.
Dans le centre de Carpentras, une enfilade de rues piétonnes conduit à un boulevard que les automobilistes empruntent pour se rendre au nord de la ville. À peine remarquent-ils la chapelle Notre-Dame-de-Santé, coincée entre ce même boulevard et un jardin public situé à la périphérie du centre-ville. Le 3 juillet pourtant, l’Association des amis de la chapelle a fait installer, juste devant l’édifice, une tente et deux cents chaises, ainsi qu’une élégante banderole «  Neuvaine à Notre-Dame-de-Santé  ».
Les clés de la ville déposées sur l’autel de la Vierge
Par ces neuf jours de dévotion, du 1er au 10 juillet, la ville commémore les événements de 1629. Cette année-là, à 3 h du matin, les habitants accourent de toutes parts, réveillés par le ­tintement d’une cloche dans cette même chapelle, qui n’était alors qu’un minuscule oratoire dédié à la Vierge. Comme la cloche continue de sonner alors que personne n’en actionne le ­mécanisme, on crie au miracle (celui-ci est offi­ciellement reconnu lorsque le Conseil de la ville de l’époque diligente une enquête sur demande de l’évêque). À partir de cette même nuit, l’épi­démie de peste qui sévissait dans la région épargne définitivement la ville. Reconnaissants, les consuls font le vœu de prier perpétuellement la Sainte Vierge.
De nos jours, la tradition est toujours vivace. Après une procession aux flambeaux, une «  messe du vœu des Consuls  » est célébrée chaque année, le 10 juillet, à 3 h. Des moines du monastère du Barroux (Vauclause) y ­participent, mais aussi des représentants de ­l’autorité civile. Pendant la cérémonie, le maire vient symboli­quement déposer les clés de la ville sur l’autel de la Vierge. «  Cette nuit-là, Notre-Dame de Santé prend toute son importance  », explique Francis Adolphe, maire (PS) de Carpentras, qui reconnaît aussi une «  âme à ce quartier  », lié au fait «  que l’on soit très attaché  » à la chapelle.
Lors de son accession à la tête de la municipalité en 2008, l’élu socialiste n’a pas hésité à mettre des équipements publics à la disposition de l’Association des amis de la chapelle au vu et au su de tous. Il a même volontiers inscrit ce ­rendez-vous spirituel à l’agenda des rencontres culturelles de la ville. Un passage par l’Office du tourisme l’atteste : le personnel est informé de la neuvaine et ne fait aucune difficulté pour renseigner les visiteurs.
Retour à la chapelle Notre-Dame-de-Santé. À 18 h, une soixantaine de personnes entre 60 et 70 ans sont rassemblées sous la tente pour prier. Quelques mères de famille venues avec leurs enfants sont également présentes. Ce mercredi 3 juillet, les mystères glorieux sont médités sous la conduite des Pénitents noirs, une confrérie cinq fois centenaire, en charge de la pastorale des funérailles. Deux membres vêtus de robes noires animent la prière à l’ambon.
À la fin du chapelet, le Père Gérard, précédé d’un servant d’autel, entre en procession sous la tente pour la célébration de l’eucharistie. L’Évangile du jour porte sur le doute de l’apôtre saint ­Thomas. «  Ceux qui sont venus à 3 h du matin ont vu et ont cru, dit le prêtre au cours de l’homélie. Aujourd’hui, nous accourons et nous croyons car nous avons reconnu digne de foi le témoignage de ceux qui nous ont précédés. Par notre présence, nous permettons à ceux qui nous suivront de ­s’engager à leur tour sur le chemin de la foi.  »
Aujourd’hui encore, des petits «  miracles  »
Au sortir de la messe, des fidèles font part de leur attachement à la neuvaine. Ainsi Frédérique, une élégante quadragénaire venue «  partager une piété populaire  » et «  recommander tous les malades de [sa] famille  » à la Sainte Vierge : «  Marie est toujours présente pour nous écouter. Cette neuvaine est un rendez-vous  ». À côté d’elle, le beau visage bronzé de Myriam s’éclaire : «  Cela me fait penser à sainte Bernadette à qui Marie a dit : “Voulez-vous me faire l’honneur de venir pendant quinze jours  ?† »
Pour Bernadette, 40 ans, cette tradition est importante car elle représente ses racines : «  Je repasse souvent toute ma vie quand je viens ici. Moi qui ne vais pas à la messe tous les dimanches, je me sens plus proche des gens que j’ai connus  ». Quant à Béatrice, qui vit à Carpentras depuis trois ans, elle a été touchée par «  cette habitude de prier pour remercier la Sainte Vierge, car elle a été transmise par des gens simples, y compris à des étrangers. Comme à moi, une Bordelaise  !  »
La chapelle est aussi réputée pour son lot de petits «  miracles  ». Un examen de santé rassurant, une guérison obtenue, du travail retrouvé… «  Ce n’est pas Lourdes, précise une religieuse présente dans l’assemblée. Mais quand on vient prier la Sainte Vierge dans cette chapelle, elle vous exauce.  » Nicole, 59 ans, se souvient aussi de deux fillettes du ­catéchisme âgées de 3 à 5 ans, qui étaient venues à la chapelle prier pour leur sœur aînée atteinte d’un cancer : «  Au scanner suivant, la maladie avait disparu  ».
Petits miracles reconnus ou pas, reste que la messe nocturne du 10 juillet est bien un «  temps fort spirituel  » pour la ville, selon le mot du curé. Cette paroisse est la seule du diocèse à donner aux fidèles une troisième occasion de célébrer le sacrifice du Christ en pleine nuit (après la messe de minuit et la vigile pascale). Une distinction dont certains se seraient toutefois bien passés : «  La Vierge aurait fait sonner la cloche plutôt à 6 h 30, ça aurait tout de même été plus facile  !  », s’amuse un membre de l’Association des amis de la chapelle. 
Guilhem Dargnies
http://www.famillechretienne.fr/eglise/vie-de-l-eglise/reportage-notre-dame-de-sante-regne-sur-carpentras-105297