Nos prêtres durant la première guerre mondiale

11 novembre 2018

Un attentat à Sarajevo au cours duquel l’archiduc François-Ferdinand et son épouse ont été assassinés

et c’est la guerre qui éclate, le 28 juillet 1914, par le jeu des alliances entre puissances européennes. Elle durera 4 ans, jusqu’au 11 novembre 1918. D’abord limitée à l’Europe, la guerre devint mondiale et fit 10 millions de morts, 8 millions d’invalides. La France fut le pays le plus touché.

Un peu d’histoire

C’est aujourd’hui le 100e anniversaire de la fin de la guerre. Les cérémonies commémoratives ont lieu dans toute la France. C’est un hommage que nous leur devons. Parmi eux, il y avait des prêtres, des religieux. Ils ont été combattants, ou soignants sur les lignes de front, dans les tranchées mais aussi, selon leur âge, dans les hôpitaux de campagne.
Tous ces prêtres ont eu un comportement admirable. Certains ont été décorés de la légion d’honneur, de la croix de guerre. A ce titre, nous pouvons citer l’Abbé Germain Plotard , mort au champ d’honneur. Mais aussi des prêtres qui ont marqué notre histoire comme le Père Brottier, l’Abbé Achille Lienart, ou encore Henri Grialou plus connu sous le nom de Père Marie Eugène de l’enfant Jésus, tous décorés que ce soit de la légion d’honneur ou de la croix de guerre. Le Père Brottier et le Père Marie Eugène comptent aujourd’hui parmi les bienheureux.
En règle générale, on s’imagine que les prêtres n’ont pas été mêlés aux luttes sur le champ de bataille car ce sont les ministres d’une religion de paix. Ce ne fut pas le cas en France. L’égalité de tous face à la guerre est la raison communément donnée pour expliquer que les prêtres aient pu être enrôlés en tant que combattants. Si au début, ils furent envoyés dans les services de santé, cette mesure fut bientôt supprimée pour les soumettre aux mêmes conditions que les autres.
Au cours de cette guerre, on les trouve aumôniers attachés aux ambulances, aumôniers volontaires et surnuméraires pour palier le manque d’aumôniers titulaires, infirmiers, brancardiers , prêtres-soldats. On trouve de nombreux témoignages sur le rôle très précieux qu’ils ont joué à travers les récits des journaux, les citations à l’ordre de l’armée, les mises au tableau d’avancement. Ils ont donné l’exemple de la bravoure en encourageant les hommes, en pansant les blessures, en bénissant et absolvant avant la montée à l’assaut, en célébrant le Saint Sacrifice de la messe avec, sous leurs vêtement sacerdotaux, leur uniforme de soldat.
A ceux qui leur disaient, à l’heure du départ pour les champs de bataille : « vous partez ? », ils répondaient « oui, mais pas pour tuer, pour soigner, pour guérir et surtout pour absoudre. » Car ils venaient pour soigner les blessures et ouvrir le ciel. Ils savaient, tous, qu’ils seraient aussi exposés que les autres sur le champ de bataille. On tirait très rapidement sur les secours envoyés aux blessés, que ce soient les ambulances ou que ce soient les infirmiers portant un brassard avec une croix rouge. Ils ont rempli sans faiblesse leur devoir d’aimer toute personne tombée sur leur route.

Les lettres témoignages

C’est à travers des lettres échangées entre eux que l’on comprend l’immense mission qu’ils avaient à remplir, à la fois triste et sainte. Ces témoignages pris sur le vif nous donne une image exacte de ce qu’ils ont vécu, de ce qu’ils ont été. C’est un prêtre grièvement blessé en venant secourir des hommes tombés durant le combat , qui donne les derniers sacrements à un jeune soldat de 19 ans avant de rejoindre lui-même le ciel, le chapelet à la main , dans l’ambulance venue lui porter secours.
Ce sont des prêtres qui vont sous le feu en priant sans cesse, pour rejoindre les blessés. Ils ne pensent qu’à sauver. Un prêtre tombe, mortellement touché par la balle d’un ennemi blessé qu’il venait secourir.
« Tu n’es pas ici pour combattre et tu n’as pas le droit de tuer, même celui qui a massacré ton frère. Laisse aux autres la guerre qui est leur tâche. La tienne est de relever et de secourir la souffrance, sans savoir si le blessé mérite ton indulgence ou ta colère. » , écrit un prêtre sur le front. Les prêtres sentaient que la voix de la charité proclamait la vraie loi morale.
Un soldat particulièrement jeune et grièvement blessé confie au prêtre infirmier qui le soigne à l’hôpital que ce qui l’a sauvé, outre le chirurgien, c’était de penser à sa mère. Et de savoir , au moment où il était en danger, de savoir que lui, le prêtre, était là à ses côtés.
C’est un colonel qui en pleine bataille aperçoit une église, fait cesser le combat de son côté et demande à l’aumônier de dire une messe, là, maintenant. L’aumônier s’exécute et c’est tout un régiment qui vient envahir l’église trop petite et qui ne peut contenir tout le monde, ce sont les cierges qui sont allumés, un séminariste qui se met à l’harmonium et qui entonne les cantiques. Juste le temps de dire la messe. A peine celle-ci terminée, voilà qu’un obus tombe sur l’église et notre aumônier doit sauver le Saint Sacrement avant que l’église ne s’effondre. Ne pouvant pas y arriver seul, 10 hommes se portent volontaires pour l’aider et au final , leur mission accomplie, ils mettent des fleurs à la Vierge. 
C’est un jeune prêtre qui décède sur le champ de bataille. Il n’aurait pas du partir mais il s’est porté volontaire pour prendre la place d’un père de 5 enfants de sa paroisse. Car il n’y avait pas d’exemption pour soutien de famille à cette époque là, contrairement à ce que l’on pense.
Ces prêtres témoignent de l’importance de la prière pour les poilus. Ces derniers portent des médailles et des chapelets. Un troupier explique qu’à la guerre, on se passerait de pain plutôt que de prière. Quand on a entendu la messe, on se sent regonflé. Les soldats racontent eux mêmes l’importance de la messe et de la confession. Un soldat breton, blessé, à qui on demande de mettre de côté son chapelet le temps de recevoir les soins dont il a besoin, le défend avec tout ce qui lui reste d’énergie. Finalement, il a gain de cause.
Et puis ce sont ces prêtres, qui, sous la mitraille prennent tous les risques pour apporter la communion aux soldats bloqués dans des tranchées, pour venir les confesser, les absoudre. Ils célèbrent la messe puis donnent individuellement l’absolution à chaque soldat, qui se mettent à genou, l’un après l’autre, devant leur prêtre. Puis c’est le combat.
C’est un prêtre qui arrive au terme de ses souffrances et qui demande de l’aide pour se tenir assis, le temps de donner la bénédiction à tous ses compagnons d’infortune dans cet hôpital de campagne. Une fois la bénédiction donnée, on le repose sur son lit et il rend son dernier soupir, le sourire aux lèvres.
Ce sont les messes célébrées après le combat en mémoire de tous ceux qui sont tombés, quel que soit leur camp.

Il y a des centaines d’exemples comme ceux-là. Mais ces témoignages pris sur le vif donnent une véritable image de la place des prêtres durant ces combats, de leur courage, de leur fidélité au Christ, de leur Foi inébranlable et du soutien sans faille qu’ils ont apporté. Aujourd’hui, nous leur rendons hommage. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Ils en ont été les exemples très concrets. Merci à eux. 

Bibliographie : Des prêtres sous la mitraille de René Gaëll, éditions Saint Rémi