Messe des Cendres - 6 mars 2019

9 mars 2019

Messe des Cendres, mercredi 6 mars 2019 à la cathédrale Saint Siffrein. - Homélie du Père Gabriel

Dans quelques instants, nous allons recevoir les Cendres avec cette parole : « Convertissez-vous et croyez en l’Évangile. » . Il y a une dynamique dans le Carême qui doit l’emporter pendant 40 jours et je dirais même toute notre vie, ce désir de conversion. « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous. » Dieu de toute éternité, a un grand désir de vivre avec l’homme, avec chacun et chacune d’entre nous qu’il aime comme ses propres entrailles, la chair de ses entrailles . Il frémit de cet amour, que les parents et tout particulièrement une maman peut comprendre. Ce grand désir que Dieu a pour nous, c’est un désir de sainteté. Vous savez que le Pape François nous a laissé une très belle lettre sur cet appel à la sainteté pour tous, dans tous nos états de vie. C’est un appel à vivre au quotidien cette conversion. C’est un appel aussi au combat spirituel.

Le Saint Curé d’Ars avait une phrase choc et pertinente, mais aussi encourageante et que l’on peut appliquer à différentes situations. Il parlait de l’armée et disait que « dans l’armée, tous les soldats sont bons en caserne . Mais sur le terrain, lorsque c’est le combat, alors se fait la différence entre ceux qui sont courageux et ceux qui sont lâches, ceux qui abandonnent. ».

C’est une phrase choc qui peut s’appliquer à tous les états, toutes les situations. Cela veut dire que nous avons besoin d’être aidé par l’Esprit Saint dans le combat spirituel, qui nous mène au combat parce que Dieu nous aime et veut que nous soyons saints.

Qu’est ce qui gène notre sainteté ? Nous l’avons entendu dans la première lecture, ce ne sont pas les œuvres à faire bien que ce soit nécessaire de faire des œuvres de charité, mais, comme il le dit, c’est déchirer vos cœurs. Que veut dire déchirer un cœur ? Le cœur peut avoir une déchirure et quand il y a déchirure, c’est une douleur très forte, une béance, quelque chose qui s’ouvre. Si Jésus prend cette expression : « déchirer son cœur » c’est qu’on ne peut pas aimer vraiment tant qu’on ne souffre pas d’amour. Parce qu’aimer, c’est tout donner, tout donner pour l’autre mais c’est d’abord se donner soi-même. Et c’est déchirant.

Hier, nous enterrions une petite fille de 6 ans, Annabelle. Elle était épileptique de naissance, c’est très rare. Elle était un soleil, une lumière, un amour, un bébé d’amour, et ses parents, que je salue et que je porte dans ma prière, ont déchiré leur cœur pour cette enfant. Ses parents ne sont pas pratiquants, ils ne viennent pas à la messe tous les dimanches, ce qui ne veut pas dire qu’il ne serait pas bien qu’ils viennent , au contraire, mais ils pratiquent la religion du cœur, d’un cœur déchiré. Et c’est cela l’entraînement du carême . C’est à dire tout donner et se donner soi-même aux autres. Cela nécessite la rencontre. D’abord la rencontre avec celui qui a déchiré son cœur pour nous et qui va nous le montrer jusqu’au calvaire, au Golgotha et pour l’éternité. Le Christ Jésus avec ses plaies et son cœur ouvert. « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes et qui ne reçoit de lui qu’ingratitude. » Et puis, cette rencontre avec l’Autre me pousse à rencontrer les autres avec ce cœur qui a besoin d’être aimé.

Cette rencontre, cet accueil, ce partage, c’est ça le vrai Carême. Ne détourne pas la face de ton prochain. Quel qu’il soit. C’est ton frère, c’est ta sœur. Ça se vit en famille, à l’école, au travail, dans la rue . C’est cela l’appel à la sainteté. C’est « convertissez-vous et croyez en l’Évangile ». Mais l’évangile c’est justement la bonne nouvelle du salut en Christ. Le Christ vient nous libérer de ce qui enferme notre cœur. On le rétrécit aux limites de notre avidité, de notre esprit étroit, de nos jugements , de nos critiques, pour l’ouvrir à l’amour inconditionnel, l’amour fidèle, l’amour-don qui prend sa source en Dieu. C’est ça faire un vrai carême.

Qu’on soit petit ou grand, faible ou fort, qu’on soit sur sa chaise roulante ou alité dans son lit, que l’on soit sportif et bien portant, on peut tous déchirer son cœur pour l’autre. Nous ne pouvons pas faire un bon Carême si nous ne sentons pas notre cœur se déchirer ensemble, à l’unisson. Le jeûne, la prière et l’aumône sont des moyens pour nous permettre d’ouvrir notre cœur. Quand je jeûne, je renonce au confort de ma vie. Je peux penser à ceux qui ont faim. Être tiraillé par la faim, c’est bon. Renoncer à des petits plaisirs c’est bon si cela me fait penser à l’autre.

Prier, c’est ouvrir son cœur aux grandes intentions à la fois familiales, ecclésiales et sociétales. Nous ouvrir vraiment dans la prière, nous mettre à la disposition de Dieu, c’est perdre du temps pour gagner l’éternité.

Enfin, l’aumône est aussi une façon de déchirer notre cœur parce que c’est une façon d’être saint aussi. Le jeûne purifie nos sens et c’est bon, la prière est faite pour que nous soyons sanctifiés par le Seigneur, l’aumône nous rappelle que ce que nous avons reçu nous appelle à faire du bien aux autres. Ce n’est pas pour thésauriser. C’est pour faire du bien à ses proches puis on élargit.
Le Pape François nous dit aujourd’hui : « Nous sommes si habitués à dire que nous sommes pécheurs. Mais cela ne suffit pas. Ce qui compte c’est que chacun de nous devant le Seigneur vive la honte puis l’émerveillement de se sentir sauvé. Nous devons nous convertir, nous devons faire pénitence dans la joie et le désir de vivre la Pâque avec le Seigneur. - Amen