Tragédie de la synagogue de Pittsburgh

3 novembre 2018

La tragédie de la synagogue de Pittsburgh aux USA

nous rappelle, hélas, que l’antisémitisme est toujours présent, alors que "la solution finale" du régime Nazi est encore dans toutes les consciences. Je voudrais rappeler les origines de l’antisémitisme pour que cette tentation diabolique n’effleure même pas la pensée d’un humain et encore moins d’un chrétien.

Aux origines, il y a d’abord le choix unique et historique, quelle que que soit notre appréciation, d’un peuple élu par Dieu pour être dans le monde le signe de la présence vivante et bienveillante du Dieu unique, éternel et invisible. Un Dieu qui vient à nous, qui parle aux hommes, qui se révèle comme le Dieu des vivants, le Père de tous les hommes, bon et miséricordieux. Un Dieu aussi qui conduit son peuple à la terre promise, et par delà à la vie après la mort. La Torah en est la mémoire vivante et toujours féconde.

Or, cette vérité historique est insupportable au monde depuis toujours.
Jésus l’a assumé lui-même, étant juif de la tribu de David. Si, dans sa prédication, il a mis l’accent sur l’amour universel et fraternel, il n’a jamais renié le caractère élu de sa nation. Il a simplement annoncé une fraternité encore plus universelle en Lui, le Fils de Dieu fait homme. Les Apôtres sont juifs eux aussi, héritiers aussi de la tradition de leurs pères, formés à l’intelligence des Ecritures par Jésus lui-même. Ils s’écartent, non sans mal (cf le 1er Concile de Jérusalem), d’une interprétation légaliste et controversée à leur époque (pharisaïsme) tout autant que d’une interprétation relativiste et politique (les sadducéens)...

Pierre, au matin de la Fête des Tentes, Pentecôte, brosse un tableau extraordinaire, objectif et sans détour, de l’Histoire du salut, mais ne condamne pas le peuple juif. Paul, disciple de Gamaliel, héritier du pur Pharisaïsme, redit les promesses inaliénables de Dieu sur le Peuple Juif, rappelle que c’est gratuitement que les "Gentils" ont été greffés sur l’Olivier, et que ses frères juifs sont les aînés dans la foi, tout en regrettant l’aveuglement au sujet de Jésus, le Messie promis.

Après la paix de Constantin, qui a mis fin aux persécutions anti-chrétiennes, où - il faut le dire-, certains membres de la communauté juives ont joué un mauvais rôle, et avec l’avènement d’un christianisme comptant de moins en moins de membres issus de la communauté juive, une lecture plus politique que spirituelle a commencé à voir le jour, débouchant sur la tristement célèbre accusation de "peuple déicide" qui va désormais poursuivre le peuple juif. 

Une politique d’exclusion d’un peuple juif, déjà sans pays, a vu le jour et n’a cessé d’être maintenue, plus ou moins selon les époques, avec la construction des Ghettos, à la fois prison et protection (quelle tristesse !). Les temps modernes, en particulier le Nazisme, qui n’est pas le seul régime à avoir voulu exclure les juifs de la vie sociale et politique, même s’il a prôné la solution finale, se sont nourris du fantasme bien commode du "bouc émissaire" : "les juifs sont coupables des malheurs de la vie sociale et politique !"

Même si, pour nous, disciples du Christ, Dieu a envoyé son Messie pour sauver l’humanité entière, étendant sa promesse à tous les peuples, il n’en reste pas moins qu’à l’origine, Israël, c’est le choix de Dieu d’en faire son peuple parmi les hommes, sa voix pour annoncer le Dieu unique, le Dieu vivant, qui aime à habiter parmi les hommes. Et ce choix est sans repentance.

Chrétiens, membres de l’Eglise du Christ, nous ne pouvons avoir que cette attitude : celle du plus jeune frère envers son frère aîné, attitude qu’on peut caractériser par le respect, l’écoute, la gratitude, en un mot un cœur sémite comme l’aimait à le dire Pie XI, le 6 septembre 1938, à la veille de la Guerre de 39-45 : « Par le Christ et dans le Christ, nous sommes de la descendance spirituelle d’Abraham. Non, il n’est pas possible aux chrétiens de participer à l’antisémitisme... Mais l’antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. » (Paroles rapportées dans La DC du 5 décembre de la même année)

Ces paroles n’ont rien perdu de leur force et, hélas, de leur actualité. La tragédie de la synagogue de Pittsburgh nous l’a rappelé. Que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, éclaire les responsables religieux pour condamner clairement cette plaie de l’antisémitisme, car comme le disait le Pape François : "tous les chrétiens ont des racines juives" (30 juin 2017). .

Comme curé de Carpentras, qui vit ma foi au Messie (Christ) à côté de la plus ancienne synagogue de France, je me sens pleinement frère de mes frères juifs, et je partage volontiers leur joie et leurs peines, leur prière et leur fêtes. Et c’est un honneur et un bonheur pour moi ! Quand un juif est menacé, attaqué, assassiné, c’est moi qui suis aussi menacé, attaqué, assassin. En lui, c’est le Corps de Jésus qui souffre et meurt encore, ce Corps que nous sommes tous appelés à former, quelle que soit nos origines, notre couleur et même notre religion. Shalom, Salam et Paix à tous !
Père Gabriel PICARD d’ESTELAN, curé de Carpentras et vicaire épiscopal du diocèse d’Avignon.