Homélie du Père Pierre Tressol - 16 décembre 2018

20 décembre 2018

Homélie du Père Pierre Tressol , dimanche 16 décembre 2018, 3e dimanche de l’Avent, Cathédrale de Carpentras.

Jean le Baptiste prêchait un baptême de conversion au bord du Jourdain.

Ce n’était pas au bord du lac de Tibériade, ce n’était pas non plus du côté de la Méditerranée. Non, c’était au bord du Jourdain. Pourquoi au bord du Jourdain  ? Parce que le Jourdain, c’était la frontière de la terre promise. Quand Jean baptisait, c’était durant l’occupation romaine. C’était l’humiliation d ’un peuple soumis qui devait non seulement supporter une armée d’occupation mais il était en plus taxé pour entretenir cette armée. On comprend que ce n’était pas le paradis. C’est justement à cause de cette humiliation qu’on venait vers Jean. En disant : quand est-ce que Dieu nous enverra un Messie, quand est-ce que Dieu nous enverra un sauveur  ? C’est peut être un peu dans le contexte où nous nous trouvons en ce moment . Quand est-ce que Dieu va nous envoyer quelqu’un pour que ça marche, pour que ce soit un peu le paradis  ? On est exactement dans le même contexte. Or voilà qu’en ce dimanche, c’est le dimanche de la joie. Alors on ne comprend plus rien, on mélange tout. Comment peut-on être dans la joie quand on est dans ce mécontentement  ? Et oui, il faut être dans la joie. Il faut être dans la joie car que nous révèle Saint jean Baptiste  ? Il nous révèle que si la terre promise a perdu sa vocation de terre promise, c’est peut être qu’on n’est pas tout à fait en règle avec Dieu et avec les autres. Le véritable ennemi, ce n’est peut être pas l’autre ou les autres. C’est peut être celui avec lequel je suis complice. Souvent, dans mes comportements, et Saint jean Baptiste le dit : rentrez en vous même, qu’est-ce que vous avez à vous reprocher pour qu’on retrouve la terre promise parce que c’est facile de faire la coulpe des autres mais c’est chacun qui doit faire sa coulpe. On n’est pas chargé de faire la coulpe des autres. On est chargé de faire notre coulpe. Alors là, ça pose question. C’est là qu’on voit tout un défilé ...

En ce temps là les foules...

Ah tiens pourquoi pas la foule  ? Parce que la foule des juifs pourrait être unie pour venir vers Jean le Baptiste. On dit les foules, ah tiens ...Les foules, c’est peut être les catégories différentes de la population. Et qui c’est qui vient vers Jésus, qui c’est qui vit ce mécontentement, qui c’est qui attend un sauveur  ? Et bien ce sont les groupes qui sont énumérés. Celui qui a deux vêtements qu’il partage avec celui qui n’en a pas . Qu’il y ait de la justice. Que celui qui a de quoi manger, qu’il fasse pareil . Pour qu’il y ait de la justice. A ce moment là, on pense que le sauveur c’est peut être pour faire un Royaume , un peuple de Dieu. Et c’est peut être la condition pour que la terre promise retrouve sa vocation de terre promise dans la mesure où chacun se conduit non pas comme un hors la Loi mais quelqu’un qui est fidèle à la Loi. La Loi c’est quoi, c’était la Loi du Sinaï, les 10 commandements. On a peut être à se poser des questions, si on veut que le sauveur vienne à nous, est ce que je ne suis pas hors la Loi dans le peuple de Dieu . Et c’est pour ça qu’on voit que si tu partages ton vêtements, si tu partages ta nourriture...

Et puis les collecteurs d’impôts,

oh là là ils se mêlent à la foule. Vous vous rendez compte, les collecteurs d’impôts, vous savez ce qu’ils font  ? Ils collectent des impôts pour entretenir l’armée d’occupation. S’il y a des gens qui ne sont pas sympathiques, ce sont bien les publicains. Les voilà qu’ils viennent là aussi parce que eux aussi sont mécontents. Peut être que ça ne va pas comme on le souhaiterait même dans une armée d’occupation. Il y a peut être des zizanies entre eux. Il y a peut être à se remettre en cause aussi. Parce que le sauveur ne viendra pas chasser le romain. Alors c’est important que chacun se convertisse. On continue, le soldat, là c’est pire. C’est l’armée romaine d’occupation qui vient se remettre en cause devant Jean le Baptiste. C’est ça le baptême de conversion. On va se demander comment on est hors la Loi par rapport à cette loi du Sinaï ou par rapport à la nouvelle Loi que Dieu nous apporte. Une nouvelle Loi c’est quoi  ? C’est la bonne nouvelle du salut, c’est «  aimez vous les uns les autres comme je vous aime  ». C’est ça la terre promise. Vous savez, quand j’ai préparé cette méditation que je vous partage, je me disais : St Jean Baptiste a tout à fait le profil du curé de paroisse. Parce que dans une paroisse c’est très mêlé, il y a des gens de tout bord, les uns pour la catéchèse, les autres pour le secours catholique, je me dis que l’envoi en mission ce n’est pas seulement pour le SEM qu’il faudrait le faire, il faudrait le faire pour tous ces groupes pour que chaque année avant de fêter Noël , chaque année on se purifie pour que le sauveur vienne nous sauver. Et pour qu’il vienne nous sauver, il faut peut être que nous réalisions la terre promise et c’est là que je reviens au service évangélique des malades.

Ce dimanche nous a été réservé.

Qu’est ce qu’on a à faire quand on est au service des malades et qu’on est envoyé par Dieu  ? Rappelez-vous  ! Il les envoya deux par deux et surtout ne vous arrêtez pas en chemin à perdre du temps. C’est important la mission. Mais quelle est la mission  ? Quand vous entrerez dans une maison, vous souhaiterez la paix, que la paix soit dans cette maison. Mais pas n’importe quelle paix . Pas la paix musclée qui évite les déraillements. La paix de Dieu. La paix de Dieu c’est quoi  ? C’est pour apaiser. Et je pense que , quand on est visiteur de malade, c’est la mission essentielle d’apaiser. Parce que ces gens qui sont isolés, ces gens qui sont en fin de vie, ces gens qui sont malades, ils ont besoin d’être apaisés parce que là aussi on a besoin d’un sauveur quand on arrive à ce stade, quand on est vraiment accablé par les souffrances, les épreuves, les difficultés, l’âge, la vieillesse, la fatigue que cela suppose. On a besoin parce qu’on a le temps de ruminer, on a besoin qu’un ange de Dieu vienne vers nous pour nous apaiser et je crois que c’est ça la vocation du service évangélique des malades : apporter la paix. La mort , c’est pas la mort du néant. La mort , c’est un sommeil dont on ressuscitera . Alors arrêtez de gémir. Il faut que le poussin casse la coquille de son œuf pour pouvoir jaillir à la vie. La souffrance, elle est insupportable quand elle est absurde. Mais si la souffrance est l’enfantement à une vie nouvelle... C’est vrai que la maman qui met au monde un enfant , elle a les quatre sueurs. C’est vrai que c’est difficile, c’est vrai qu’elle a besoin d’aide, c’est vrai qu’elle a besoin d’entourage mais quand la vie est là, quel émerveillement  ! Et c’est cette joie que nous fêtons dans ce troisième dimanche parce que Jésus, s’il prend la peine de naître dans notre monde lui qui était de condition divine, lui qui dominait toutes les situations qui pouvaient être, voilà qu’il vient dans la fragilité d’un petit enfant qui a failli naître dans la rue parce que les parents étaient pressés d’arriver. Elle n’en pouvait plus parce que cela faisait trente kilomètres qu’elle ballottait son sein . Heureusement qu’il y a eu une porte ouverte. Cette porte ouverte, c’est la porte d’une écurie. Il n’y a pas eu d’autre porte pour les accueillir. Pour accueillir le sauveur du monde. Oui frères, fêtons Noël. Regardons Noël avec les yeux de Dieu. Il vient nous sauver, ne passons pas à côté de ce cadeau en nous laissant distraire. Comme les missionnaires que Jésus a envoyé apporter la paix, Jean Baptiste veut apporter la paix pour que les gens se convertissent dans chaque catégorie. Il ne va pas leur dire n’importe quoi, il va leur dire ce qui correspond à leur charisme, à leur vocation parce que si chacun fait ce qu’il a à faire, la terre promise retrouvera sa vocation de terre promise et elle pourra accueillir son sauveur. Ah oui frères, que ce soit notre méditation, que ce soit notre joie en ce troisième dimanche, même si le temps est nuageux, même s’il pleut, même si parmi nous il y a des gens pas contents, entendons Jean Baptiste nous dire que les vallées se comblent, que les montagnes s’abaissent pour faire un tapis rouge à celui qui vient nous sauver. Que ce soit notre méditation, que ce soit notre prière. Amen