Homélie du Père Gabriel à la cathédrale Saint Siffrein - 31 mars 2019

6 avril 2019

En ce dimanche, nous venons d’écouter l’évangile. Cet évangile, on l’appelle la parabole de l’enfant prodigue. Normalement, ce nom de parabole de l’enfant prodigue rappelle à toutes celles et ceux qui ont été catéchisés qu’on est face à un monument. C’est une des pages les plus lues , les plus commentées, celle qui touche le plus le cœur.

Parce que cela nous touche dans notre propre histoire. On va d’abord s’interroger sur nos familles. Combien de situations d’éloignement vivons-nous dans nos familles ? Un enfant dit à son père : « donne moi la part de mon héritage » et il part au loin. C’est dur à entendre.

Normalement, on donne l’héritage quand le père est mort. Là, il demande son héritage tout de suite pour s’en aller au loin. Combien de personnes se sont éloignées dans nos familles et nous souffrons de cet éloignement. Ils ont arraché une partie de notre héritage c’est à dire de notre cœur. Le lien est rompu. Est-ce que cet enfant reconnaît encore son père ? Quand il part, c’est fini. Ce n’est plus son père, c’est d’abord un banquier. Il ne faut pas se décourager car l’histoire est belle et il y a toujours un retour. C’est le retour par la prière. Le père ne juge pas, ne dit rien, il reste dans la prière et aime son fils. Cet amour est indissoluble. Le fils a pu détruire leur relation comme un divorce mais leur lien est indissoluble. Les parents aiment leurs enfants jusqu’au bout. Les enfants de même. Il est impossible d’effacer le lien.

Le père prie silencieusement. Il ne fait pas de leçon mais il attend. Cette attente est au cœur de notre Pâque. Il faut être des témoins de l’espérance dans cette attente. Il y a une grande leçon à savoir attendre et patienter. Il faut rester dans l’attente nourrie par l’amour. Si c’est vrai pour notre nature humaine, alors imaginons ce qu’il en est pour notre Père du ciel. Nos noms sont inscrits depuis notre baptême, tatoués, gravés dans le cœur de Dieu. Jamais il ne nous oubliera. Histoire de vie.

L’enfant prodigue, c’est d’abord chacun et chacune d’entre nous que Dieu est allé chercher.
La parabole de l’enfant prodigue a ceci de particulier qu’elle devrait être appelée la parabole des enfants prodigues.
Le premier a tout dépensé, c’est la déchéance. Il se lève et décide de rentrer chez son père. Il retrouve le lien qui n’a jamais été perdu avec son père. Et son père l’accueille à bras ouverts.

Mais il y a un autre enfant, le frère aîné. En quoi a t-il perdu le sens du lien familial et est-il prodigue ? Celui qui est dans la maison finit par ne plus considérer son père comme un père. Non seulement il reproche à son père d’accueillir son frère mais il lui reproche de ne jamais lui avoir rien donné. Or il n’a jamais rien demandé à son père. Il considérait son père comme absent quelque part. Pourtant, le père ne lui refusait rien et le lui dit. On peut donc être aussi à l’intérieur, et oublier les liens qui nous unissent.

Il faut être dans une situation de relation avec notre Père du ciel. Considérons-nous Dieu comme un papa à qui nous pouvons tout demander ?

C’est cela la joie de Pâques. Le Fils de Dieu fait homme a pris sur Lui tous nos péchés pour que désormais, Dieu le Père puisse ne voir en nous que ses enfants, des enfants justifiés par Lui.
Il y a en nous tous de l’enfant prodigue qui se lève pour aller vers son père, mais il peut y avoir aussi la position du fils aîné. C’est à purifier.

Faisons de ce monument qu’est la parabole de l’enfant prodigue la charte de nos vies. Nous sommes pour une paroisse libérée c’est à dire une paroisse qui accueille, qui dynamise, qui engage, où chacun trouve sa place dans la mission c’est à dire annoncer Jésus Fils de Dieu Sauveur qui nous relie à notre Père du ciel en qui je trouve ma joie. Personne n’est exclu. Je peux m’appuyer sur l’amour inconditionnel de Dieu, le partager avec les autres et fonder ma vie là dessus.

Bon dimanche à tous, Laetare Jérusalem. Levons-nous et désirons la Pâque avec le Seigneur, pour aller manger dans la maison du Père.