Homélie de Dom Louis Marie - (Messe) - à la Cathédrale Saint Siffrein

29 novembre 2018

Homélie du Père Abbé , Dom Louis Marie

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Ainsi soit-il.
Cher Monsieur le Curé, cher Père Gabriel, il y a une certaine connivence entre nous puisque le Père Gabriel a été moine dans notre abbaye pendant quelques années et qu’il a été mon professeur de philosophie, il a été aussi mon professeur de chant, et j’ai été son Père Abbé pendant quelques années.

Quand on nous rencontre, nous moines, certaines personnes se demandent ce que représente notre coupe de cheveux. Quand la question m’est posée, je réponds : je suis moine et je suis prêtre. En tant que prêtre, je représente Jésus Christ. Jésus Christ est le vrai Roi. Et c’est pour ça que j’ai une couronne, une couronne d’épines et une couronne de gloire. Ce serait merveilleux que nos jeunes chrétiens puissent exprimer leur Foi en Jésus Christ, vrai Roi. Mais attention, la royauté de Jésus Christ reste un mystère et il ne faudrait pas se tromper sur la royauté de Jésus Christ. La méprise est facile à faire. Pourquoi ? Parce que nous avons dans notre histoire des exemples de royauté ou même d’exercice du pouvoir qui ne sont pas dignes de Dieu. Si vous prenez comme exemple de roi un César, un Louis XIV, un Napoléon, un De Gaulle ou même un Macron, ou même la Reine d’Angleterre, vous risquez certainement de vous tromper sur la Royauté de Jésus Christ. Dans l’histoire de France , rares sont les rois ou les chefs d’État qui ont pu donner une image convenable de la royauté du Christ. Alors, ne nous trompons pas. Certes, il y a eu quand même quelques rois comme Saint Louis, pendant toute sa vie et il y a eu un chef de guerre qui représentait Jésus Christ, Sainte Jeanne d’Arc, une femme et une jeune fille 18 ans, et peut-être Louis XVI à la fin de sa vie. Mais alors comment comprendre la royauté de Jésus Christ ?

Cette royauté qui n’est pas de ce monde, nous l’avons entendu et qui est pourtant bien réelle et qui est dans le monde. Pour illustrer la royauté du Christ, la royauté de ce Dieu fait homme, permettez moi de me tourner vers la vigne et le vin. Ah, bizarre...Et bien le Seigneur Jésus Christ a comparé Lui-même la royauté, le royaume des cieux à un homme qui possède une vigne, un vigneron. La vigne est donc un symbole que notre Seigneur Jésus-Christ a utilisé Lui-même pour exprimer sa royauté. Et bien je voudrais en souligner ce matin trois aspects importants, d’abord la création, deuxièmement le pressoir où les grappes sont écrasées, et puis troisièmement, ce qui va vous intéresser, peut-être plus les garçons que les jeunes filles, l’ébriété.

La création tout d’abord. La vigne fait partie de la création de Dieu et Dieu est Roi parce qu’Il est créateur. Et en tant que créateur, Il a donné une nature à la vigne. Une nature qui fait que la vigne a un pouvoir et un mode bien particulier d’exercer ce pouvoir. La vigne a ce pouvoir de transformer la boue en raisin, en raisin délicieux. Et c’est quand même admirable de voir cette puissance. Essayez vous-même un jour de prendre de la boue, un peu de soleil, et puis un peu d’air, vous mélangez tout ça et vous essayez d’en faire du raisin vous-même. Vous n’y arriverez pas. Et bien la vigne, elle, elle a ce pouvoir. Mais elle ne peut exercer ce pouvoir que dans certaines conditions : une bonne terre, du soleil et de l’eau. Et tout cela avec une mesure bien sûr. Et si l’homme s’en mêle, s’il connaît la vigne, il peut l’aider à produire plus de fruits et de meilleure qualité. Et là nous voyons le fondement de la royauté de Dieu. Dieu a inscrit une loi dans la nature. Et si on s’élève un peu plus haut, dans l’ordre de l’esprit, nous pouvons apercevoir une loi naturelle. Et la royauté de Dieu s’exerce si nous reconnaissons cette loi naturelle et que nous la suivons, non pas pour nous imposer des limites, comme si Dieu voulait nous imposer des limites, mais pour que nous puissions, comme une bonne vigne, donner de meilleurs fruits.

Un exemple d’actualité, si les hommes reconnaissent la loi naturelle de la famille, composée d’un homme et d’une femme unis dans un amour unique, durable, respectueux, fort et tendre en même temps, alors ils peuvent donner du bon fruit, des enfants heureux, et une société plus solide et plus paisible. Mais si l’homme ne respecte pas les lois naturelles, alors viennent des maladies : la violence, le meurtre, la fabrication d’enfants qui est un nouvel esclavage, et n’oublions pas, chers enfants, chers fidèles, que si Dieu pardonne toujours à ceux qui demandent pardon, l’homme pardonne parfois, la nature, elle, ne pardonne jamais.

Le pressoir ! La boue s’est transformée en raisin grâce à la vigne. Mais que va t-il devenir ce raisin ? Si un journaliste interviewait une grappe, imaginez un journaliste qui va dans une vigne et interviewe une grappe de raisin, et il lui demande ce qu’elle préférerait, entre rester sur sa vigne à l’air libre ou être écrasée dans le pressoir. La grappe demanderait bien sûr à rester sur son cep de vigne. Mais la question était mal posée, la vraie question est de savoir : est-ce que tu préfères rester accrochée à la vigne et finir par être bouffée par le mildiou ou par les frelons ou par les sangliers ou préfères-tu passer par le pressoir pour te transformer en vin délicieux ? Et la réponse, là évidemment, coule de source.

Et bien le Christ Roi nous donne le pouvoir de transformer notre vie en vin délicieux . Il nous permet que notre vie ne pourrisse pas, ne soit pas bouffée par les sangliers. Et le Seigneur nous permet de transformer nos vies en vin délicieux en nous donnant une loi toute spéciale et toute simple : aimer le Dieu de tout son cœur, de toute son âme, et de toutes ses forces et le prochain comme soi-même. Et le Seigneur ne donne pas seulement cette loi, mais Il donne le pouvoir de l’accomplir par son Saint Esprit, par le baptême, la confirmation, l’eucharistie, qui comme un pressoir viennent transformer nos vies en fils et filles de Dieu, en adorateurs de Dieu et en frères universels.

Alors que préférez vous, chers jeunes ? Et même les anciens car il n’est jamais trop tard. Est-ce que vous préférez rester accrochés à un vieux bois qui ne promet finalement qu’une tombe dans un cimetière ? Ou préférez-vous vous transformer en vin délicieux ? Qu’est-ce que vous préférez : la pourriture , les sangliers, ou le vin délicieux ? Alors évidemment, le pressoir c’est la croix. Et c’est la croix où Jésus a transformé la haine en pardon et en amour. Et c’est absolument magnifique, mes chers jeunes, de contempler, de regarder notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix et qui est abandonné par les apôtres et qui est moqué par ses frères juifs, qui est condamné par le pouvoir en place. Et bien que fait Jésus ? Simplement, vous savez, il répond : « Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Saint Augustin dit que Jésus sur la croix ne regardait pas tant ceux par qui Il mourait, que ceux pour qui Il mourait . C’est là la royauté immense de Jésus Christ. C’est là le pressoir qui transforme la haine qu’il reçoit en don de soi, en amour et en pardon. Et Jésus nous donne une part de cette royauté en nous poussant à prier le Père, en nous poussant à proclamer l’Evangile, en nous poussant de l’intérieur par l’Esprit à faire de notre vie, de nos familles de nos sociétés des mondes plus dignes de Dieu. Et pour finir, je reviens à l’ébriété, cette joie du cœur qui rejaillit sur tout l’être . La royauté du Christ n’est pas une royauté de tristesse. Si Jésus a changé l’eau en vin à Cana pour les noces, si Jésus a souvent parlé de la vigne, si Jésus a pris du vin pour le sacrement de son sang, et s’Il a pris du vin pour en faire l’alliance nouvelle et éternelle, c’est que le Seigneur veut notre joie et notre bonheur. Tout roi qui se respecte cherche le bonheur de son peuple.

Mais qu’est-ce que c’est que le bonheur ? Si je vous demandais qu’est-ce que pour vous la vraie joie ? Permettez-moi de vous mettre un peu sur la voie. Dans la Genèse, Dieu a créé l’homme , il a créé le monde en 7 jours. Et il a créé l’homme le sixième jour. Comment a t-il créé l’homme ? Avec de la boue. Ca vous rappelle la vigne. Qu’a vu Dieu et qu’a dit Dieu à propos de l’homme ? Il a vu qu’il était tout seul . Et Il a dit : il n’est pas bon que l’homme soit seul. Et là vous avez l’origine du bonheur de l’homme, c’est qu’il ne soit pas seul, qu’il ne reste pas seul. La plus grande souffrance finalement, c’est d’être seul. Et Jésus a donné la réponse. La veille de sa mort, il a dit : si le grain de blé ne meurt pas, il demeure seul mais s’il meurt alors il donne beaucoup de fruits et il n’est plus seul. Et c’est là l’ébriété , la grande ébriété royale de Jésus Christ : donner sa vie pour ne plus être seul. Donner sa vie pour que nous ne soyons pas seuls.

Et c’est ce qu’ont fait tous les grands saints. Ils ont donné leur vie et ils n’ont pas été seul. Saint Benoît, mon saint patron, a consacré toute sa vie de prière et de travail au Dieu tout puissant et a donné naissance à un ordre monastique qui a couvert le monde entier. Saint Augustin, le grand Saint Augustin a donné sa vie pour être évêque et dont on parle encore aujourd’hui. Saint Siffrein, évêque et tous les autres évêques et tous les saints ont bien compris que c’est en donnant leur vie qu’ils pouvaient ne pas rester seuls. Et il y a de saints plus récents, Saint Vincent de Paul qui a consacré sa vie à secourir les pauvres, et nous pensons à Sainte Thérèse de Calcutta, complètement folle, elle est partie toute seule dans les bidonvilles, et elle a commencé à soigner les pauvres avec les moyens du bord et des sœurs l’ont rejointe. Et elle est devenue une des plus grandes saintes des temps modernes. C’est de la folie ? Ce n’est pas de la folie, c’est de l’ébriété royale. Jésus est un Roi un peu fou qui rend les saints un peu fous. Il y a un saint , dont je ne me souviens plus le nom mais il était très riche et voyant qu’il avait commis beaucoup de péchés, un jour il a enlevé tous ses habits de prince, il est monté sur un âne, il a mis une grande mitre, immense, et il a écrit tous ses péchés dessus et il a fait le tour de la ville. Vous allez me dire : il est fou ! Mais non, c’est l’ébriété royale du chrétien qui reconnaît ses péchés et qui reconnaît le Seigneur comme son Sauveur. Saint François d’Assise , son père lui demandait : rends moi les habits que je t’ai donnés. Et que fait Saint François d’Assise devant tout le monde ? Il se met tout nu et je jette dans les bras de son évêque en lui disant : « maintenant voilà j’aurai un vrai Père, celui qui est dans les cieux. ».

Une véritable folie de chrétien et ça c’est la royauté, la sainte ébriété royale, celle qui n’a peur de rien. Devenons un très bon vin avec le Christ. Ainsi soit-il .