Conférence juillettiste du 29 juillet 2020

29 juillet 2020

Laudato Si

Avec la crise, le bouleversement soudain et radical de nos modes de vie a conduit beaucoup d’entre nous à s’interroger sur le fonctionnement de notre société, et sur notre rapport à nous-mêmes et aux autres.

On a beaucoup parlé du monde d’après et de la nécessité de revoir la hiérarchie des priorités de l’action publique au niveau de l’Etat et des collectivités locales, des choix de consommation et peut être aussi, espérons-le, de la défense et de la préservation de l’environnement dont nous dépendons tous pour notre santé, notre nourriture, nos loisirs.

Anticiper, prévoir, se préparer à des changements brutaux ou progressifs mais irréversibles implique un gros travail sur soi et sur les décideurs à tous niveaux pour ne pas subir de plein fouet les chocs à venir mais au contraire pour engager et réussir les transformations indispensables pendant qu’il en est encore temps, et à des coûts raisonnables. 

La crise sanitaire liée à la pandémie du Covid a été soudaine, et peu anticipée ; elle a remis en cause le fonctionnement de l’ensemble de l’économie, perturbé le travail, la vie quotidienne et les relations sociales à un niveau inconnu. Elle a imposé des disciplines inimaginables que nos concitoyens ont cependant très généralement acceptées et suivies. 

Au regard de cette pandémie, les dommages liés au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité paraissent plus lointains et moins tangibles. Malheureusement ils seront beaucoup plus graves et toucheront des dizaines de millions de personnes. En effet On peut contenir ou éliminer la menace d’un virus par divers moyens (prophylaxie, traitement, vaccin) et revenir à la situation antérieure mais on ne peut agir dans le court terme sur les conditions du climat, les sécheresses et les inondations à répétition, ou sur la disparition des insectes pollinisateurs comme les abeilles dont l’action conditionne les 3/4 de nos cultures. Les signaux d’alarme sur toutes ces questions, sont déjà très présents comme nous l’avons vu pendant l’été 2019 avec des records de chaleur tout près de nous (46° dans le Gard voisin) et des records d’incendies dans le monde. (Australie par exemple)

La réaction des pouvoirs publics tout autant que celle des citoyens face au Covid montre qu’on pourrait transposer les leçons à tirer de cette crise pour faire face aux immenses menaces de ruptures économiques et sociétales résultant de la dégradation de l’environnement. 

 Plus que jamais le Comité Ecologique veut poursuivre son travail, dans ce sens dans le respect des opinions politiques, philosophiques et religieuses de chacun. 

Vu l’ampleur des difficultés et des changements à opérer par l’ensemble de la société dans sa diversité, il nous a paru utile d’innover dans le dernier numéro de notre journal qui s’appelle « le libre canard » et qui tire à 2000 exemplaires avec un lectorat de 4 à 5000 personnes.

Nous avons donc donné la parole à des représentants des principales familles spirituelles de notre pays pour essayer de mobiliser les consciences sur l’écologie et sur l’après. Nous avons dans ce cadre fait appel au père Gabriel qui s’est aimablement et avec brio et conscience prêté à l’exercice. Vous retrouverez donc son article dans notre dernier journal.

En retour le père Gabriel nous a sollicité pour participer à cette matinée de réflexion et de partage. Nous avons trouvé normal de répondre à son invitation et donc j’interviens ici au nom du comité.

Je vais par conséquent vous présenter les axes des principales orientations bâties par le Comité pour l’après.

Ces axes sont au nombre de 10, vous me direz est-ce un décalogue, nous n’allons pas jusque-là. Néanmoins à l’occasion de mon exposé, j’ai souhaité faire un parallèle constant entre chacune de nos 10 réflexions pour l’après et les paroles du pape François dans son encyclique Laudato Si.

Vous verrez que ce parallèle a été aisé. J’en ai été extrêmement surpris, mais il est clair que le pape avance dans son texte très riche, un ensemble de réflexions complet qui conduit à une écologie intégrale. Il s’inscrit en cela dans les pas de ces prédécesseurs, pour prolonger et approfondir leur œuvre.

Un mot pour vous dire que le comité écologique se nomme Comité écologique Comtat Ventoux, ce qui fixe le cadre de notre champ territorial d’intervention et notre vocation, c’est à dire travailler au local et au plus près du terrain sur des actions concrètes. C’est ce que vous retrouverez dans les 10 orientations que je vais exposer.

Un petit mot encore d’introduction :

La crise actuelle a mis en évidence un certain nombre de leçons qui appellent des actions rapides et déterminées notamment au niveau local ! 

 On oublie trop souvent en effet que les dépenses des collectivités locales représentent plus de 11% du PIB et qu’elles ont une influence directe et immédiate sur la plupart des conditions de la vie quotidienne. Bref il y a des leviers d’action très importants sur notre territoire qu’il conviendrait de réorienter et d’utiliser au plus vite. 

C’est pourquoi nous avons fait figurer autour de nos 10 constats, des actions à promouvoir, des choix ou des décisions à remettre en cause. 

Voici ces 10 constats, et immédiatement après chacun d’eux ce que le pape dit en regard du même sujet dans son encyclique :

1re leçon que nous tirons de la crise : la nécessité de prévoir et anticiper pour éviter les catastrophes possibles, face par exemple aux pics de chaleur urbain, à la sécheresse et au déficit d’approvisionnement en eau dans les 5, 10 ou 15 ans au maximum. 

—>Pour notre territoire, les cadres d’analyse à moyen terme censés orienter les décisions d’urbanisme, et d’investissement local (le plan climat énergie ou le schéma d’aménagement du territoire de la Cove, le futur plan local d’urbanisme de Carpentras) n’intègrent pas vraiment ces risques, et ne prévoient pas de mesures sérieuses et adéquates pour y faire face. Les nouveaux élus devront prendre leurs responsabilités pour renforcer ces prévisions, examiner leur impact possible sur les conditions de vie, d’habitat, de transport, d’approvisionnement et les mettre en cohérence, quitte à revoir les priorités suivies jusqu’à présent. 

Que dit le pape François en la matière ?

Il parle du « climat comme bien commun »

(23.) « Le climat est un bien commun, de tous et pour tous. Au niveau global, c’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine. Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique. Au cours des dernières décennies, ce réchauffement a été accompagné de l’élévation constante du niveau de la mer, et il est en outre difficile de ne pas le mettre en relation avec l’augmentation d’événements météorologiques extrêmes, indépendamment du fait qu’on ne peut pas attribuer une cause scientifiquement déterminable à chaque phénomène particulier. L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. »

Sur l’eau, il ajoute :

« L’eau potable et pure représente une question de première importance, parce qu’elle est indispensable pour la vie humaine comme pour soutenir les écosystèmes terrestres et aquatiques. Les sources d’eau douce approvisionnent des secteurs sanitaires, agricoles et de la pêche ainsi qu’industriels. La provision d’eau est restée relativement constante pendant longtemps, mais en beaucoup d’endroits la demande dépasse l’offre durable, avec de graves conséquences à court et à long terme. De grandes villes qui ont besoin d’une importante quantité d’eau en réserve, souffrent de périodes de diminution de cette ressource, qui n’est pas toujours gérée de façon équitable et impartiale aux moments critiques Dans certains pays, il y a des régions qui disposent de l’eau en abondance et en même temps d’autres qui souffrent de grave pénurie. »

2e leçon : l’impératif de renforcer l’autonomie agricole et alimentaire de notre territoire. 

Il n’est pas question de tout produire dans le Comtat, mais l’expérience du confinement a montré la fragilité des conditions d’approvisionnement. Cela implique à la fois de réduire la perte des terres agricoles et leur artificialisation, et de viser à accroître le taux d’autonomie alimentaire local (qui est actuellement d’environ 5% dans le Comtat). Comment ? En favorisant les circuits courts de production et de distribution et en informant les consommateurs pour guider leurs choix. 

Le pape nous dit :

(129.) « Pour qu’il continue d’être possible de donner du travail, il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale. Par exemple, il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petites dimensions qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l’eau, et en produisant peu de déchets, que ce soit sur de petites parcelles agricoles, vergers, ou grâce à la chasse, à la cueillette et la pêche artisanale, entre autres. Les économies d’échelle, spécialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs à vendre leurs terres ou à abandonner leurs cultures traditionnelles… »

Plus loin l’encyclique dit :

« Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production. Pour qu’il y ait une liberté économique dont tous puissent effectivement bénéficier, il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier. »

3e leçon que nous tirons : accroître l’autonomie des individus et des collectivités pour l’entretien et le bon fonctionnement des équipements et des outils indispensables assortis des ressources et des compétences locales nécessaires. Ceci implique la plus grande disponibilité de produits effectivement réparables et moins soumis à l’obsolescence programmée et reconnaissables comme tels sur les rayons des commerçants. On peut penser aussi à la nécessité de revoir le fonctionnement des déchetteries pour mieux trier et récupérer ce qu’on appelle les « encombrants » mais qui sont en fait des objets susceptibles d’une deuxième vie ou d’un deuxième usage.

Sur ce point, la parole du pape François est la suivante :

(192.) « Par exemple, un chemin de développement productif plus créatif et mieux orienté pourrait corriger le fait qu’il y a un investissement technologique excessif pour la consommation et faible pour résoudre les problèmes en suspens de l’humanité ; il pourrait générer des formes intelligentes et rentables de réutilisation, d’utilisation multifonctionnelle et de recyclage ; il pourrait encore améliorer l’efficacité énergétique des villes. La diversification de la production ouvre d’immenses possibilités à l’intelligence humaine pour créer et innover, en même temps qu’elle protège l’environnement et crée plus d’emplois. »

4e leçon : la crise sanitaire a rappelé la valeur primordiale de la santé dont la préservation est une responsabilité individuelle autant que collective…

Celle-ci nécessite bien évidemment un bon fonctionnement des services de santé, leur disponibilité et leur accessibilité pour tous. Elle appelle aussi la gestion attentive par chacun de sa santé personnelle pour être vigilant face aux signaux d’alerte de son corps et de son environnement de vie et de travail qui peuvent la menacer. La pollution de l’air tue en France ainsi 50 000 personnes chaque année, les pesticides et nombre de produits chimiques perturbent gravement le système endocrinien et contribuent à l’augmentation des cancers, tandis que la malbouffe et le manque d’exercice favorisent le surpoids, le diabète et bien d’autres maladies chronique ou invalidantes. 

Au plan local nous pouvons et devons agir auprès des autorités par exemple :

- pour qu’elles limitent l’épandage des pesticides près des écoles et des habitations,

- pour qu’elles sensibilisent les agriculteurs à des méthodes alternatives,

- pour qu’elles renforcent la part du bio et des labels de qualité dans la restauration collective,

- pour qu’elles encouragent la pratique du sport et de l’activité physique dans la nature … 

Le pape François souligne :

(dans I. POLLUTION ET CHANGEMENT CLIMATIQUE, Pollution, ordure et culture du déchet)

(20.) « Il existe des formes de pollution qui affectent quotidiennement les personnes. L’exposition aux polluants atmosphériques produit une large gamme d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres, en provoquant des millions de morts prématurées.

À cela, s’ajoute la pollution qui affecte tout le monde, due aux moyens de transport, aux fumées de l’industrie, aux dépôts de substances qui contribuent à l’acidification du sol et de l’eau, aux fertilisants, insecticides, fongicides, désherbants et agro-chimiques toxiques en général. » 

5e leçon : préserver les liens sociaux.

Cela veut dire aussi préserver la vie de quartier, propices aux échanges et aux rencontres, avec une réelle diversité de commerces, de cafés, d’activités et de services accessibles ; cela signifie soutenir les commerces de proximité et renforcer les cœurs de ville au lieu de les tuer en multipliant les centres commerciaux en périphérie. 

Sur ce point le pape François s’exprime ainsi :

(III. L’ÉCOLOGIE DE LA VIE QUOTIDIENNE)

(147.) « Pour parler d’un authentique développement il faut s’assurer qu’une amélioration intégrale dans la qualité de vie humaine se réalise ; et cela implique d’analyser l’espace où vivent les personnes. Le cadre qui nous entoure influe sur notre manière de voir la vie, de sentir et d’agir. »

(51.) « Il faut prendre soin des lieux publics, du cadre visuel et des signalisations urbaines qui accroissent notre sens d’appartenance, notre sensation d’enracinement, notre sentiment d’“être à la maison”, dans la ville qui nous héberge et nous unit. Il est important que les différentes parties d’une ville soient bien intégrées et que les habitants puissent avoir une vision d’ensemble, au lieu de s’enfermer dans un quartier en se privant de vivre la ville tout entière comme un espace vraiment partagé avec les autres. »

6e leçon : certaines personnes ont été particulièrement pénalisées par le confinement. Il s’agit en particulier de tous ceux et celles qui vivent dans des conditions de logement médiocres (petites surfaces habitables, absence d’espaces de détente ou de promenade à l’entour). Un effort particulier devrait être entrepris pour améliorer les conditions et le cadre de vie de ces personnes et de ces quartiers pour renforcer leur accès à des espaces publics de nature, de calme, de fraîcheur. 

L’encyclique développe :

(152.) « Le manque de logements est grave dans de nombreuses parties du monde, tant dans les zones rurales que dans les grandes villes, parce que souvent les budgets étatiques couvrent seulement une petite partie de la demande. Non seulement les pauvres, mais aussi une grande partie de la société rencontrent de sérieuses difficultés pour accéder à son propre logement. La possession d’un logement est très étroitement liée à la dignité des personnes et au développement des familles. C’est une question centrale de l’écologie humaine. Si déjà des agglomérations chaotiques de maisons précaires se sont développées dans un lieu, il s’agit surtout d’urbaniser ces quartiers, non d’éradiquer et d’expulser. Quand les pauvres vivent dans des banlieues polluées ou dans des agglomérations dangereuses, « si l’on doit procéder à leur déménagement [...], pour ne pas ajouter la souffrance à la souffrance, il est nécessaire de fournir une information adéquate et préalable, d’offrir des alternatives de logements dignes et d’impliquer directement les intéressés »

7e leçon : On peut surmonter des crises graves en mobilisant la solidarité , le civisme et la responsabilité de chacun vis à vis des autres .

On a vu que les Français étaient capables de faire preuve de civisme bien au-delà de ce qu’on dit d’habitude : il faut davantage informer les publics jeunes et adultes, les consommateurs comme les commerces grands et petits sur les enjeux et les nécessités de la transition écologique et sur les solutions disponibles pour réduire les consommations d’énergie, le plastique et les déchets. On pourra ainsi faire davantage appel aux capacités de civisme et de responsabilité de chacun pour des villes et des territoires plus sobres, plus propres, plus respectueux de l’environnement. 

En même temps, les autorités devraient renforcer le contrôle et les sanctions de la police de l’environnement vis à vis des infractions qui pénalisent tout le monde. 

L’encyclique exprime le point de vue suivant :

(IV. DÉTÉRIORATION DE LA QUALITÉ DE LA VIE HUMAINE ET DÉGRADATION SOCIALE)

(43.) « Si nous tenons compte du fait que l’être humain est aussi une créature de ce monde, qui a le droit de vivre et d’être heureux, et qui de plus a une dignité éminente, nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération les effets de la dégradation de l’environnement, du modèle actuel de développement et de la culture du déchet, sur la vie des personnes. »

(44.) « Aujourd’hui nous observons, par exemple, la croissance démesurée et désordonnée de beaucoup de villes qui sont devenues insalubres pour y vivre, non seulement du fait de la pollution causée par les émissions toxiques, mais aussi à cause du chaos urbain, des problèmes de transport, et de la pollution visuelle ainsi que sonore. Beaucoup de villes sont de grandes structures inefficaces qui consomment énergie et eau en excès. Certains quartiers, bien que récemment construits, sont congestionnés et désordonnés, sans espaces verts suffisants. Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature. »

8e leçon : Pendant la crise on a pu se passer de la voiture plus souvent qu’on ne le pensait. 

La limitation des déplacements a démontré la possibilité de se passer plus souvent de la voiture pour les besoins de la vie quotidienne et d’utiliser ainsi plus fréquemment le vélo ou la marche à pied. De nombreuses villes renforcent maintenant les itinéraires cyclables pour offrir des alternatives et pour limiter les risques d’entassement dans les transports publics. Dans le Comtat, il est urgent de disposer d’un plan de déplacements urbains renforçant l’offre de transports alternatifs et notamment d’un réseau de pistes cyclables sécurisées, en particulier pour les scolaires et pour les déplacements de la vie quotidienne (la plupart ces déplacements s’effectuent dans un rayon de 3km). Il sera aussi nécessaire de renforcer les transports collectifs, et le covoiturage quand nous serons sortis de la pandémie.

Le pape François développe ce thème de la façon suivante :

(153.) « La qualité de vie dans les villes est étroitement liée au transport, qui est souvent une cause de grandes souffrances pour les habitants. Dans les villes, circulent beaucoup d’automobiles utilisées seulement par une ou deux personnes, raison pour laquelle la circulation devient difficile, le niveau de pollution élevé, d’énormes quantités d’énergie non renouvelable sont consommées et la construction d’autoroutes supplémentaires se révèle nécessaire ainsi que des lieux de stationnement qui nuisent au tissu urbain. Beaucoup de spécialistes sont unanimes sur la nécessité d’accorder la priorité au transport public. »

9e leçon : les contraintes du confinement ont mis en évidence la valeur et le besoin de nature comme condition d’épanouissement de chacun. 

La limitation drastique des déplacements a fait redécouvrir la valeur et la présence de la nature autour de nous. La réduction du bruit a permis de réentendre une multitude les chants d’oiseaux « comme autrefois ». La qualité de l’air s’est améliorée avec la diminution de la pollution atmosphérique, une vie animale insoupçonnée a refait son apparition même jusqu’au coeur des villes et des villages...

Il faut continuer à se battre comme le fait le Comité Ecologique pour maintenir et renforcer la nature en ville :

- les arbres, les espaces verts, les oiseaux, 

- pour préserver les paysages et les espaces boisés,

- pour renforcer la protection du Ventoux et de ses abords avec une application ambitieuse de la charte du parc naturel régional qui vient de naître officiellement.

Tous ces éléments contribuent au bien vivre.

L’encyclique aborde ainsi ce sujet :

(36.) « La sauvegarde des écosystèmes suppose un regard qui aille au-delà de l’immédiat…Mais le coût des dommages occasionnés par la négligence égoïste est beaucoup plus élevé que le bénéfice économique qui peut en être obtenu. Dans le cas de la disparition ou de graves dommages à certaines espèces, nous parlons de valeurs qui excèdent tout calcul. C’est pourquoi nous pouvons être des témoins muets de bien graves injustices, quand certains prétendent obtenir d’importants bénéfices en faisant payer au reste de l’humanité, présente et future, les coûts très élevés de la dégradation de l’environnement. »

(37.) « Quelques pays ont progressé dans la préservation efficace de certains lieux et de certaines zones – sur terre et dans les océans – où l’on interdit toute intervention humaine qui pourrait en modifier la physionomie ou en altérer la constitution originelle. Dans la préservation de la biodiversité, les spécialistes insistent sur la nécessité d’accorder une attention spéciale aux zones les plus riches en variétés d’espèces, aux espèces endémiques rares ou ayant un faible degré de protection effective. Certains endroits requièrent une protection particulière à cause de leur énorme importance pour l’écosystème mondial, ou parce qu’ils constituent d’importantes réserves d’eau et assurent ainsi d’autres formes de vie. »

10e leçon : le redémarrage économique risque de nous ramener vers une relance du tout béton et non vers une relance durable. 

La tentation peut être, est grande de revenir aux habitudes et aux priorités d’hier, alors même que la crise a affaibli les ressources des collectivités locales. Les responsables locaux à tous les niveaux (commune, COVE) auront le devoir de bien évaluer les priorités pour une relance durable et de bien hiérarchiser les dépenses, en recherchant à consulter et à écouter davantage les habitants et les associations. 

Bref il nous faut moins de béton et plus de services, moins de bitume ou de ronds-points et plus d’investissements pour renforcer la solidarité et la cohésion sociale.

Le pape argumente ainsi ce thème :

(150.) « Étant donné la corrélation entre l’espace et la conduite humaine, ceux qui conçoivent des édifices, des quartiers, des espaces publics et des villes, ont besoin de l’apport de diverses disciplines qui permettent de comprendre les processus, le symbolisme et les comportements des personnes. La recherche de la beauté de la conception ne suffit pas, parce qu’il est plus précieux encore de servir un autre type de beauté : la qualité de vie des personnes, leur adaptation à l’environnement, la rencontre et l’aide mutuelle. Voilà aussi pourquoi il est si important que les perspectives des citoyens complètent toujours l’analyse de la planification urbaine. »

(151.) « Toute intervention dans le paysage urbain ou rural devrait considérer que les différents éléments d’un lieu forment un tout perçu par les habitants comme un cadre cohérent avec sa richesse de sens. Ainsi les autres cessent d’être des étrangers, et peuvent se sentir comme faisant partie d’un “nous” que nous construisons ensemble. »

En conclusion, je voudrai souligner la convergence importante qui existe entre le travail et les orientations de Comité et ce que propose le pape François dans son encyclique.

Je souligne aussi que le Comité parce qu’il est une association ne fait pas de politique, comme le fait par exemple Europe ecologie les verts. Le comité agit dans une pluralité d’opinions. Nous travaillons dans le concret et dans le local.

Enfin et bien que ce ne soit pas vraiment mon rôle, je dois insister sur ce que j’ai ressenti en travaillant sur ce parallèle et sur cette encyclique. Je viens de le dire le comité se limite au local et à un champ d’intervention et de réflexion contenu.

A l’inverse l’encyclique, embrasse une écologie intégrale, et propose une réflexion globale, qui touche aussi à l’écologie sociale, à l’écologie culturelle ou patrimoniale, et surtout à une écologie dans sa dimension spirituelle. Elle a en cela une profondeur d’approche que ne peut pas avoir notre propre travail et que ne rend pas le parallèle que j’ai tenté de faire. Je vous renvoie donc au Père Gabriel, pour travailler sur ce très beau texte novateur qu’est l’encyclique.