Réception de la Conférence des évêques de France au Collège des Bernardins

12 avril 2018

Ce qui s’est passé aux Bernardins Lundi 10 Avril au soir est trop important pour que je n’en dise quelques mots.

D’abord, une intervention mémorable de Mgr Pontier, replaçant l’absolue dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu, au centre de l’Histoire, et un homme relié à la famille (pilier de la vie en société), relié aux communautés (vaincre les peurs), relié aux plus faibles (qu’as-tu fais de ton frère ou de ta soeur ?), relié aussi au monde (ouverture dans le respect et la liberté). Et quelle conclusion, en écho au Colonel Beltrame ! "Donner sa vie et donner la vie sont les plus grandes choses de l’existence". 
Puis le Président de la République Emmanuel Macron s’est exprimé dans une allocution qui fera date dans l’Histoire de France, avec cette introduction remarquable : vaincre les sceptiques de tout bord, et rendre possible la rencontre et le lien Eglise/Etat par un dialogue en vérité : "une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir." 
Faisant allusion au sacrifice du Colonel Beltrame, il a résumé le sentiment de tous les français : "lorsque l’épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu’on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d’une même flamme".
Ce qui a permis au Président de donner une exacte définition de la laïcité : « la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain. M’aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n’avoir de la France qu’une vue partielle ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens ; et affectant l’indifférence, je dérogerais à ma mission. Et cette même indifférence, je ne l’ai pas davantage à l’égard de toutes les confessions qui aujourd’hui habitent notre pays."
Et c’est là toute l’intelligence du discours du Président, c’est d’en appeler à la responsabilité des catholiques en politique dans leur dimension précisément religieuse universelle pour la sauvegarde de la dignité de la personne humaine : "Ce questionnement intéresse toute la France non parce qu’il est spécifiquement catholique, mais parce qu’il repose sur une idée de l’homme, de son destin, de sa vocation, qui sont au cœur de notre devenir immédiat. Parce qu’il entend offrir un sens et des repères à ceux qui trop souvent en manquent. C’est parce que j’entends faire droit à ces interrogations que je suis ici ce soir. Et pour vous demander solennellement de ne pas vous sentir aux marches de la République, mais de retrouver le goût et le sel du rôle que vous y avez toujours joué.(...) C’est pour tenter de cerner cela que je suis ici ce soir. Pour vous dire que la République attend beaucoup de vous. Elle attend très précisément si vous m’y autorisez que vous lui fassiez trois dons : le don de votre sagesse ; le don de votre engagement et le don de votre liberté." Emmanuel Macron a dit avoir entendu le lien entre la défense de la vie (à naître, handicapés, fin de vie) et le migrant : "Entre la vie de l’enfant à naître, celle de l’être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu, vous voyez ce trait commun du dénuement, de la nudité et de la vulnérabilité absolue. Ces êtres sont exposés. Ils attendent tout de l’autre, de la main qui se tend, de la bienveillance qui prendra soin d’eux. Ces deux sujets mobilisent notre part la plus humaine et la conception même que nous nous faisons de l’humain et cette cohérence s’impose à tous." La réponse du Président est remarquable : C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé « prudence », faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer." En ce qui concerne la vie, tout en admettant le danger du "no limit" sur la manipulation et la fabrication du vivant, sa position se situe dans une approche empirique du moindre mal (le bon grain et l’ivraie) qui se justifie en politique et en spiritualité, avec une demande, qui pour moi, est à préciser pour éviter tout bâillonnement, que l’Eglise ne soit "pas injonctive".
Tout en invitant l’Eglise de France à trois dons au service de la République : humilité, engagement, et liberté de conscience et de religion, Emmanuel Macron a rappelé la fin dernière et ultime de toute action : "C’est cela, si vous m’y autorisez, la part catholique de la France. C’est cette part qui dans l’horizon séculier instille tout de même la question intranquille du salut, que chacun, qu’il croit ou ne croit pas, interprétera à sa manière, mais dont chacun pressent qu’elle met en jeu sa vie entière, le sens de cette vie, la portée qu’on lui donne et la trace qu’elle laissera. " Cet horizon du salut a certes totalement disparu de l’ordinaire des sociétés contemporaines, mais c’est un tort et l’on voit à bien à des signes qu’il demeure enfoui. Chacun a sa manière de le nommer, de le transformer, de le porter mais c’est tout à la fois la question du sens et de l’absolu dans nos sociétés, que l’incertitude du salut apporte à toutes les vies même les plus résolument matérielles comme un tremblé au sens pictural du terme, est une évidence." Prions pour le Président et pour la France.

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